Un pipeline de Beaujolais à Lyon

Si le Beaujolais est le troisième fleuve à Lyon, il vient de trouver un équipement à la mesure de son débit. En effet, le maire de Lyon, Gérard Colomb (j’ai pas retrouvé le nom de l’actuel), a inauguré ce matin place Bellecour, l’arrivée du tout nouveau pipeline de Beaujolais, le vin rouge emblématique de la capitale des Gaules.

C’est avec une forte odeur de vinasse que les premiers verres ont été directement servi du pipeline aux invités de cette belle cérémonie bucolique. Les vignerons ne cachaient pas leur émotion.

C’est le sang lyonnais qui coule dans ce pipeline.
Nous confie Michel, vigneron de Beaujeu, la larme à l’oeil et les lèvres violettes.
Michel, je te remets la petite soeur ?
Notre poète vigneron est rapidement rappelé à ses obligations du jour.

A l’instar de sa cousine belge, Bruges, qui a construit son pipeline de bière, Lyon a depuis longtemps dans ses cartons (à la cave, près des bouteilles) ce projet. En effet Raymond Barre (le bien nommé) déjà à l’époque cherchait à développer les festivités autour du vin local, ainsi que la consommation, histoire disait-il (en riant) de faire passer l’augmentation des impôts locaux.

Quelques décennies plus tard, c’est chose faite. Avec un co-financement qui regroupe la Mairie, le Département, le syndicat des vignerons du Beaujolais et l’association PutainjenairazleboljetrouvejamaisdeBeaujoauCasino , le pipeline Beaujolais, que ses admirateurs appellent affectueusement le tuyau à biture, est une véritable prouesse technique.

En effet, c’est plus de 70 km de pipeline enterré avec de nombreuses contraintes technologiques à surmonter : maintenir une pression suffisante pour le bon écoulement, garantir la qualité du vin (en tout cas le même goût au départ qu’à l’arrivée – la notion de qualité étant relative), faire travailler des équipes totalement ivres sans accident. Bref une épopée humaine comme seul les lyonnais savent le faire. 

Quid de la fête du Beaujolais Nouveau ? C’est Jean-Louis, directeur technique du projet, les pommettes bien roses, qui nous en parle.
On a fait des tests pour le Beaujolais Nouveau mais il attaquait trop les tuyaux. On n’a pas encore la technologie nécessaire pour transporter le Beaujolais Nouveau par tuyau.

Jean-Louis, qu’est-ce tu fous, on va pas le torcher tout seul le pipeline.
Notre directeur technique est rapidement rappelé à ses obligations du jour.

Bien sûr certaines voix s’élèvent contre le passage du pipeline au milieu du parc de la Tête d’Or (pour être franc, on était bourré et on en avait raz le bol de creuser, nous confiera Jean-Louis) ou encore contre cette forte odeur de vinasse persistante dans le centre ville lyonnais. Mais en son temps, l’autoroute A7 en Presqu’île avait aussi ses détracteurs. Heureusement, le progrès gagne toujours à la fin. Un peu comme Starsky et Hutch.

Bordel Paul, nous laisse pas en chien comme ça. 
Je vous laisse, je suis rappelé à mes obligations du jour.

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